Voyage en Serbie (septembre 2014)
Le retour de voyage est toujours difficile surtout quand on a vécu avec des gens sympas, ouverts, polis et respectueux ...et oui je parle bien des démons européens, ceux qui massacrent ces pauvres gentils Croates et enterrent vivants les Kosovars... alors évidemment si on s'arrête à ces petits détails ...
Plus sérieusement les médias occidentaux ont bien fait leur boulot en prenant partie contre les Serbes dans un conflit que personne ne peut comprendre hormis les habitants de cette région.
En les écoutant, tous (Croates, Serbes, Bosniaques...) revendiquent leurs terres natales, ils ne parlent ni de religion, ni de différences culturelles mais du fait que leurs familles habitaient sur ces terres depuis des générations alors pourquoi devraient ils partir ?...
Un séjour extraordinaire qui m'a donné les différentes versions de la situation dans cette région de l'Europe et m'a fait succomber à leur joie de vivre et à leurs pays terriblement attachants.
J'ai eu droit à un accueil de ministre, j'avais demandé à mon ami macédonien Bojan s'il louait des appartements à Belgrade comme il le fait à Skopje, et il s'avère qu'il commençait son business en terre Serbe, il m'a donc réservé un appartement et me donne le prénom du contact local Jelena.
Une jolie brune au regard de braise m'attend à la sortie de l'aéroport, accompagnée de ... son époux ... Ivan, un grand gaillard tout aussi brun de cheveux que de yeux, au sourire pepsodent ! Et là gros feeling ! on discute dans la voiture et le courant passe immédiatement ! Ils me font faire le tour de ville en me montrant les principaux axes et les monuments avec une multitude d'anecdotes, on finit par prendre un verre sur les bords du Danube dans un des milliers de bars et restaurants flottants qui longent toutes les rives de la ville... un classique pour Belgrade apparemment. Je découvre mon appartement 6 heures plus tard déjà un petit coup dans le nez... l'appart est juste dément et le rapport qualité/prix est juste indécent ! (40€ la nuit ... qui dit mieux ?)
Le lendemain je débute ma découverte de la ville avec une mission, effectuer une croisière sur le Danube qui s'arrête sur trois villages Austro-Hongrois sur les rives du fleuve et qui se termine dans la seconde ville du pays, Novi Sad, en Voijvodine aux portes de la Hongrie. J'arrive tout sourire à l'office du tourisme où une femme (enfin je crois), habillée en Xenia la Guerrière avec un tatouage affichant tout sauf des Bisounours sur le crâne, qu'elle avait joliment rasé, me dit avec un air tout étonné que cette croisière ne se faisait plus depuis 2009 ... Je crois que les mises à jour demandées par Lonely Planet ne sont pas du luxe... L'alternative à la croisière sont les transports en commun...
Je décide donc de partir à la découverte de Zemun (rien à voir avec Ruquier...), ville historique aux portes de Belgrade, accessible depuis une route piétonne longeant le fleuve Sava puis le Danube. 6 km plus tard sous un crachin breton (qui décidément s'exporte très bien) je découvre en effet une ville... hyper moderne avec de beaux immeubles en acier et en verre tout neufs !!! Le centre historique, composé de 3 rues aux maisons d'époque colorées, rappelle la clinique de la Forêt Noire transposé en ville ... Le clou a été comment accéder au point culminant de Zemun, une tour de guet qui domine le fleuve et offre une vue panoramique sur Belgrade. Après une bonne douzaine de "c'est par là" me montrant à peu près toutes les directions je trouve enfin le bon chemin et m'accorde une pause et la vue vaut vraiment le coup d'oeil... heureusement ...
Retour dans le centre de Belgrade et je double le kilométrage en me dirigeant vers le musée de l'histoire Yougoslave qui sur la carte me paraît bien excentré mais pas plus que mon appartement vis à vis du centre (7min à pied) ... bon ben là c'est plutôt 1h30 à pied... le fait que Belgrade n'ait pas de métro se fait légèrement sentir... j'arrive au dit musée dans un état qui apparemment inquiète la jeune fille de l'accueil qui me demande si tout va bien... après une rapide douche dans les toilettes et après avoir vidé la bonbonne d'eau du musée je découvre qu'il n'abrite que la collection d'art privée du maréchal Tito, le reste du musée étant vide ... ??? La même jeune fille m'informe que les bombardements de 1999 ont détruit l'ancien musée et une bonne partie du contenu du musée. Je poursuis ma visite par le mausolée où se trouve la tombe du maréchal et me prépare aux 12 KM retour ... La chaleur et la pollution n'ont pas spécialement rendu le chemin très agréable et la vue des anciens bâtiments administratifs bombardés par l'OTAN n'a fait qu'accentuer le malaise. Les ruines sont toujours debout, noircies par les incendies, des habitants m'expliquent que la ville attend des repreneurs éventuels pour payer la destruction complète de ces bâtiments et accessoirement faire sauter les quelques bombes encore présentes dans les structures qui n'ont pas explosé... Le témoignage de leur vécu au moment de ces bombardements me fait froid dans le dos... J'arrive enfin à l'appart et me délecte d'une douche salvatrice.
Je décide d'expérimenter un restaurant traditionnel dans la vieille ville de Belgrade, une rue pavée à l'atmosphère hallucinante. Les murs des bâtiments encadrant la rue ont été peints de façon à simuler de grandes maisons d'époque XIXème siècle, des acteurs en costumes d'époque déambulent dans la rue avec pléiade de musiciens et aboyeurs à l'entrée des restaurants. Je me dirige vers un des restaurants que j'ai à checker pour LP et me régale ! La cuisine serbe est bien plus raffinée que ses voisines croate, macédonienne ou bosniaque. Toujours beaucoup de viandes mais grillées et agrémentées de légumes (je n'en avais pas vu beaucoup en Macédoine), je mise sur un filet mignon grillé avec des poivrons rouges et un léger fromage fondu, des petits légumes au cumin et une demie bouteille de vin serbe (terriblement fruité et sec, j'ai adoré)... le petit truc ce sont ... les musiciens traditionnels... ils contribuent à l'ambiance et c'est très sympa... sauf quand ils viennent à 12 à ta table et te joue la sérénade... déjà dîner seul c'est pas toujours évident mais là ... comment dire ... as tu déjà expérimenté une gêne qui te donne l'impression que le sang se retire de ton visage et tous tes muscles se contractent en attendant le coup fatal ? ... 4 chansons plus tard... mon calvaire s'achève enfin...
Le jour suivant, bien décidé à me rendre à Novi Sad, dans le Nord du pays, je me rends à la gare centrale de Belgrade, magnifique bâtiment où je découvre que les horaires ne sont pas en faveur d'une visite dans la journée. La gare routière juste à côté me permet de prendre un bus et 1h30 plus tard d'arriver à Novi Sad. Je traverse de grandes plaines fluviales où l'agriculture est intensive et mécanisée. La Serbie est un pays bien plus industrialisé et très orienté nouvelles technologies que ses anciens voisins yougoslaves. De premier abord Novi Sad est une grande ville industrielle sur le Danube pas très jolie, autant le dire dégueulasse... N'ayant pas de plan de la ville je marche plus de 2 heures pour trouver le centre historique et l'office du tourisme ... fermé ... gnrrfff... Le centre est par contre magnifique avec ses grandes artères à l'architecture autrichienne, ses cathédrales et églises monumentales et ses petites maisons colorées. On se croirait à Vienne. Je récupère toutes les infos dont j'ai besoin pour mes mises à jour et traverse le Danube pour me rendre dans la vieille forteresse construite sur un promontoire dominant le fleuve. Le lieu est chargé d'histoire, témoin des milliers de batailles entre les Serbes et les Autrichiens, les Serbes et les Ottomans, les Autrichiens et les Ottomans, les Serbes et les Bulgares... bref à peu près tout le monde vivant aux alentours... Je retrouve la gare routière et monte dans le premier bus pour Belgrade... grossière erreur ... le bus met 5 heures pour atteindre la capitale et je pense avoir visité TOUS les villages du nord du pays ... tant et si bien que je me retrouve, le cul plat bien sûr, mais aussi le dernier dans le bus quand il atteint Belgrade, le chauffeur me voyant, très étonné, me dit que maintenant il faudrait penser à descendre ... non mais je rêve !!!
Mes Serbes préférés, Ivan et Jelena, m'invitent à dîner dans leur restaurant préféré. On arrive sur une bâtisse en bois sur une barge flottant sur le fleuve Sava. Les grandes embrassades avec le propriétaire du restaurant m'indiquent que j'arrive en terrain familier pour Ivan et Jelena, le dit patron Geiko, ne parle pas anglais mais le comprend, débute alors un pictionary de folie pour m'expliquer le contenu des plats proposés. Jelena me demande si j'aime le poisson, la spécialité du restaurant, je réponds que oui, elle tient à me préciser que ce sont des poissons de rivière, ma réponse lui précise que la Serbie n'étant pas en bord de mer, je m'en doutais un peu... Un peu plus tard Jelena me dit que quand le sachet de sucre est marron c'est que le sucre contenu est brun ... Eberlué par tant de savoir je lui précise que je viens de la même planète même si je suis français ... grosse crise de rire... J'avais oublié un détail qui a mis très peu de temps à me rattraper ... ce soir là était la finale des mondiaux de basket ball, Serbie-USA ... comment dire les 50 convives du restaurant ont mis un bordel tel que j'avais l'impression d'être au Maracana pour vivre un match de la coupe du monde de foot chez les Brésiliens... La Serbie perd... et Ivan s'excuse ... du peu d'ambiance, on aurait dû aller au centre ville pour vivre le match avec la foule en délire ... je n'imagine même pas s'ils avaient gagné... Ivan commande un dessert de chaque sorte et s'engage une discussion lunaire sur les ingrédients et leur traduction en anglais, je pleure de rire à peu prêt à chaque phrase et le clou a été la question d'Ivan, si je sentais bien ses noix dans ce que je venais d'avaler... je m'étouffe de rire et leurs visages interloqués ne fait qu'augmenter mon fou rire... Ivan comprend alors le quiproquo et toute la table éclate de rire !
Une soirée démente, bien arrosée de vin blanc serbe qui m'a servi de marteau piqueur tout le lendemain. Sur le chemin du retour on se fait arrêter par la police serbe ... on pouffe de rire mais on n'en mène pas large... vu ce qu'on avait bu, peu de chance qu'on y coupe ... et là le flic rend le permis à Ivan lui disant que son testeur est hors service, j'éclate de rire à l'arrière de la voiture !!!
Les jours suivants sont une succession de visites de musées et monuments du centre de Belgrade. Avouons le, ce n’est pas la plus belle ville d’Europe, ses rues sont un peu grises et tristes. Les monuments sont ... monumentaux mais peu impressionnants de beauté. Les musées n’ont pas le charme ni la technique de présentation des musées de Londres, Paris ou Athènes. Et pourtant Belgrade vaut le détour. Pourquoi ? Principalement pour ses habitants, des gens profondément sympathiques et toujours prêts à vous renseigner ou à partager un moment avec vous et ça, ça vaut de l’or !
Le départ est difficile, Ivan quitte son travail pour venir me récupérer à l’appartement et me conduire à l’aéroport. Il me dit que Jelena n’a pas voulu venir car elle ne voulait pas que je la vois pleurer... Une boule au ventre me prend quand je descends de la voiture. Après une accolade à la serbe (et deux côtes fêlées à l’occasion), Ivan me fait promettre de garder le contact et me voici en route pour Paris les yeux humides...
L’hospitalité serbe est comparable à sa voisine grecque, un abord plutôt rugueux, voire un peu rustre, le sourire est un challenge, et pourtant il suffit de quelques mots pour transformer l’armoire à glace serbe en ami chaleureux et amical. La Serbie m’aura offert des moments inoubliables et la chance de rencontrer des gens touchants et vrais. Pas facile à expliquer sur papier, ces moments sont à vivre, la Serbie c’est tout d’abord une ambiance, une atmosphère, un pays diabolisé qui vit sous ce fardeau, mais qui prend un malin plaisir à contredire cette étiquette par le plus beau des accueils et le plus beau des sourires.
A vivre !
A bientôt












